Journalistes, que faisions nous de la liberté d’expression ?
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Journalistes, que faisions nous de la liberté d’expression ?


Avant le choc, que faisions nous de cette liberté d’expression que nous portons aujourd’hui en étendard ?

Par Sabrina Chauchard Journaliste indépendante et Animatrice

 

caricature autocensure liberté d'expression

caricature du dessinateur Large

Comme ceux qui me lisent régulièrement le savent, je suis journaliste.
Une journaliste qui parce qu’elle a toujours refusé de faire des concessions sur sa liberté d’expression a du mal à trouver sa place dans notre système médiatique actuel.

Alors les événements qui se déroulent depuis 3 jours sont l’occasion de se poser des questions sur le rôle de nos médias et la place qu’ils donnent à la liberté.

Mes propos ne vont peut être pas plaire mais peu importe.

Je lutte depuis des années pour une TOTALE liberté d’expression des journalistes et tout le monde me rit au nez, me traite de parano. Trouve que « j’exagère ».

Certes ces deux ou trois terroristes sont des individus isolés qui agissent au nom de leur seule folie. Mais si les médias étaient plus impertinents au quotidien, si les journalistes n’étaient pas devenus ces gens peureux et fermés d’esprit qui nous servent les trois quart du temps de la soupe bien-pensante et surtout pas dérangeante alors peut être que des travailleurs comme ceux de Charlie Hebdo n’auraient pas été autant en danger, n’auraient pas été autant montrés du doigt.

Parce qu’ils n’auraient pas pu tous nous tuer si l’on avait été plus nombreux à être aussi libres dans l’exercice de notre métier.

Si TOUS les journalistes n’avaient pas peur d’aborder certains sujets de peur de ce que l’on va penser d’eux, si TOUS les journalistes se sentaient totalement libre de dire ce qu’ils veulent sans crainte de subir des représailles politiques, économiques ou de leur supérieur alors oui on serait tous des Charlie. Pour de vrai et au quotidien.

Une indifférence du monde des médias dont parle d’ailleurs si bien jeannette Bougrab, l’ancienne secrétaire d’Etat et compagne de Charb :

 

Nous ne savons pas où ce « 11 septembre de la presse » va mener la société française. Si les gens vont réagir ou au contraire se replier. Moi j’ai juste peur que comme d’habitude nous oubliions trop vite, que nous revenions à notre routine, à nos habituels défauts, à notre habituelle fadeur.

Tous les jours depuis des années je discute avec des collègues et très rares sont ceux à trouver que les médias vont mal. Et les rares qui pensent comme moi sont souvent eux-mêmes pointés du doigt, parce que oui aujourd’hui en 2015, vouloir être un journaliste totalement libre et sans concession c’est être pointé du doigt tous les jours par la profession. Cette profession qui préfère mettre en avant une objectivité qui n’est qu’une vaste fumisterie plutôt que d’affronter ses démons qui sont la peur, la collusion politique, la fermeture d’esprit et la course au scoop.
Non, pour la plupart des journalistes tout va bien aujourd’hui dans le monde de l’information. Sauf pour quelques « moutons noirs » comme moi qui hurlent sur la place publique, via des blogs, via des échanges quotidiens que le journalisme vit une dérive dangereuse ces dernières années. Une dérive dangereuse qui se justifie notamment très souvent par « ce que le public veut voir ».

Une dérive dangereuse qui pointe du doigt le journaliste tellement curieux et ouvert d’esprit qu’il « ose » aborder des sujets comme la parapsychologie ou le complotisme.

Une dérive dangereuse qui muselle les journalistes au quotidien. Journalistes qui sont le plus souvent rivés sur leur fil de dépêches AFP et Twitter, qui ne font plus de réelle investigation ou si peu et qui, quand c’est le cas le font par le prisme du sensationnalisme et avec un manque de moyens financiers criant.

Une dérive dangereuse qui nous emmenait encore mardi soir la veille de la tuerie nos médias principaux à faire leurs UNES, leurs UNES et leurs ouvertures de journaux sur la GALETTE des Rois et le fait que 9 français sur 10 allaient en consommer !!
Des chaînes d’infos en direct avaient même envoyées des « envoyés spéciaux » en direct de boulangeries, envoyés spéciaux qui n’avaient forcément rien à dire.

ON EN EST ARRIVE LA. EN 2015.

 » Une dérive dangereuse qui nous emmenait encore mardi soir la veille de la tuerie nos médias principaux à faire leurs UNES, leurs UNES et leurs ouvertures de journaux sur la GALETTE des Rois […] voilà comment les principaux médias français (qui informent la majorité de nos concitoyens) utilisaient la liberté d’expression qu’ils nous portent aujourd’hui en étendard. »

La veille de la tuerie à Charlie Hebdo voilà comment les principaux médias français (qui informent la majorité de nos concitoyens) utilisaient la liberté d’expression qu’ils nous portent aujourd’hui en étendard.

Alors oui a liberté d’expression c’est aussi la liberté de dire des choses totalement superficielle mais les médias ont un rôle moral, un devoir d’informer et il ne me semble pas que parler à outrance de l’affaire Nabilla ou faire de la galette des rois l’information numéro une du jour soit notre rôle.

Nous avons perdu tout sens de notre métier et les journalistes sont aujourd’hui bien déprimés. Déprimés de ne pas pouvoir faire brûler la flamme qu’ils ont tous en eux d’informer les gens sur des sujets importants. Alors j’espère, je souhaite du plus profond de mon cœur, que ce dramatique événement ait au moins servi à réveiller la profession.

Je souhaite que dès aujourd’hui, les journalistes, rédacteurs en chef, directeurs de publications et tous les gens de médias deviennent des Charlie.
Pas juste un jour comme ça porté par l’émotion nationale et pleine de bons sentiments mais profondément tous les jours au fond de leur cœur et en leur âme et conscience.

Refusons de faire trop de concessions au sensationnalisme.
 

Refusons de vivre en milieu fermé sans s’intéresser au monde qui nous entoure.
 

Refusons de devoir toujours étouffer notre petite voix intérieure quand un rédacteur en chef nous ordonne une chose qui nous révolte au plus profond de nous.
 

Refusons d’avoir peur de traiter certains sujets ou de devoir affadir, « limiter » nos propos de peur du regard extérieur.
 

Rebellons-nous quand on cherche à nous imposer de parler de la galette des rois en une.
 

Battons-nous au quotidien comme le faisait Charlie.

Et tout cela va bien au-delà des journalistes et de la presse.

 

Porter des valeurs c’est tous les jours, dans la rue, auprès de vos proches, en tentant de devenir chaque jour une personne meilleure et pas uniquement quand la nation a un sursaut de conscience. Une hypocrisie que dénonçaient justement les dessinateurs et journalistes de Charlie.
Toutes ces valeurs et notamment celle d’une liberté sans concession c’est ce qu’incarnaient parfaitement les caricaturistes de Charlie Hebdo et ne cela je me sens profondément proche d’eux en ce jour.

Mon combat, déjà présent bien avant cette tuerie, n’en sera désormais que renforcé.

 

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