Liberté j’écris ton nom
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Liberté j’écris ton nom

liberté j'écris ton nom Paul éluardPar Sophie Sendra Journaliste Bsc News

Publié en 1942, le poème Liberté de Paul Eluard était révélateur d’une volonté de résister à tout ce qui pouvait entraver celle-ci face à une dictature en marche. Formé de trois feuilles pliées, il est représenté par Fernand Léger en 1953. Ce poème devient alors « objet » et s’expose dans les musées.

Même si les raisons de l’histoire ont rendu ce poème emblématique d’une période douloureuse du XXème siècle, il devient urgent de le relire, de se le ré-approprier afin de lui redonner une signification actuelle. Des événements nous rappellent parfois à quel point nous sommes oublieux du trésor qu’est la liberté et à quel point il est difficile de se battre pour elle.

Sur mes cahiers d’écolier

Voici comment débute le poème de Paul Eluard. « Sur mes cahiers d’écolier, Sur mon pupitre et les arbres, Sur le sable sur la neige, j’écris ton nom ». A l’heure où le Prix Nobel de la Paix vient d’être décerné à Malala, il est important de dire que la liberté s’exprime d’abord dans la capacité qui est la nôtre de s’instruire, Liberté j’écris ton nom de parler, de poser les idées qui sont celles qui représentent une volonté de se libérer d’un obscurantisme d’un autre âge. Cette liberté qui doit s’exprimer, tel un impératif catégorique, tel un devoir incompressible, est la condi.tion qui engage toute démocratie à rendre possible les droits de l’homme à résister à toutes les formes d’oppressions, quelles qu’elles soient, d’où qu’elles viennent.

La suite du poème de Paul Eluard nous invite à regarder plus loin que les bancs de l’école. « Sur toutes les pages lues, Sur toutes les pages blanches, Pierre Par Sophie Sendra sang papier cendre, J’écris ton nom ». Les pages ne sont pas vouées à la blancheur, mais parfois à rendre la noirceur du monde pour mieux la dénoncer. Une page blanche est une conscience qui s’éteint. La liberté d’expression n’est plus lorsqu’elle abandonne le langage pour laisser place à la violence, c’est ce que l’on constate lorsque le « mot » est absent.

Et par le pouvoir d’un mot

A la relecture de ce poème, il est évident que nous avons oublié la chance qui est la nôtre de pouvoir lire, s’étonner, s’informer. Dans la déclaration universelle des droits de l’homme, article 19, il est écrit « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ». Cet article parle de « l’action de s’exprimer », de faire valoir par le langage toute idée susceptible de faire naître une réflexion, un débat, un échange. En réalisant cette anaphore suivie systématiquement d’un complément de lieu, Paul Eluard exprime l’idée selon laquelle il faut écrire partout, en tout temps, dans une réalité ou dans un topos imaginaire, c’est ce qui donne à l’humanité cette qualité particulière à pouvoir faire acte de résistance afin de rendre possible l’avènement de la liberté, là où elle fait défaut.

Sur chaque bouffée d’aurore

Lorsqu’elle est attaquée, la liberté se rappelle à nous en nous faisant savoir que, telle une habitude, nous ne la voyons plus. Notre perception du monde nous empêche parfois de nous rendre compte qu’il faut l’écrire encore et encore « Sur les champs de l’horizon, Sur les ailes des oiseaux, Et sur le moulin des ombres (…) Sur la mer sur les bateaux, Sur la montagne démente (…) Sur mes refuges détruits, Sur mes phares écroulés (…) Sur la solitude nue, Sur les marches de la mort ». Ce que nous apprend Paul Eluard au travers de son poème c’est que dès lors qu’un support pour écrire la liberté n’est plus, il faut en trouver un autre pour la faire vivre encore et encore, toujours, ici et ailleurs. Son dernier quatrain en est la preuve : « Et par le pouvoir d’un mot, Je recommence ma vie, Je suis né pour te connaître, pour te nommer, Liberté ».

S’il fallait conclure

Une larme, deux larmes, trois larmes et un torrent de mots pour l’écrire, voilà comment il est possible de dire l’indicible. Conclure est toujours difficile… aujourd’hui plus encore qu’hier.

Sophie Sendra

Avec l’aimable autorisation de BSC NEWS Magazine 

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